Alexandre CUOMO
jeudi 5 octobre 2006 à 08:16, dans la série : Mon citronnier
(#15
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Alexandre Cuomo disait toujours : Rendons aux utilisateurs l'information qui est LEUR propriété !
Il avait débuté en qualité de technicien à l'époque où les cartes perforées faisaient office de support de stockage. Puis il cumula les promotions, notamment celle de la direction des services techniques de M.D.S. France et assura, ensuite, la direction commerciale de l'agence de Marseille.
C'est à cette époque que j'ai "commencé" à travailler avec lui : dès l'âge de huit ans, en passant mes mercredis après-midi à visiter son bureau et celui de ses collaborateurs. Je garderai toujours le souvenir chaleureux de sa secrétaire, Madame Pouget. Madame Pouget m'épatait, d'abord parce qu'elle avait toujours des crayons bien taillés; mais surtout, elle faisait partie de la génération des dactylographes, munies d'une simple machine à écrire, et ne pouvant annuler l'action qu'à l'usage parcimonieux du Typex.
Car à l'époque, le P.C. et son traitement de texte n'existaient pas : c'était l'apogée de la troisième génération d'ordinateurs, celle qui a marqué l'informatisation massive des grandes entreprises.
Ce n'est que lorsque le géant I.B.M.® annonça la révolution du Personal Computer, que beaucoup essuyèrent la débâcle, dont la société M.D.S. France.
Alexandre décida alors de continuer l'aventure tout seul ...

Cette histoire, comme tant d'autres, peut être appréhendée au travers celle plus connue de la société de l'information.
Cette société-là, portée au pinacle par internet, a perdu dans son trajet météorique, la mémoire de ses origines à la fois proches et lointaines.
Armand Mattelart m'offre la réplique dans son ouvrage Histoire de la société de l'information, livre que je conseille au lecteur novice et réservé quant à cette nébuleuse patrie qui fut longtemps enfermée dans le terme désuet d'informatique.
Nous y découvrirons que les mathématiques de Leibniz prévoyaient déjà au 17éme siècle, d'organiser l'information de manière automatique.
Et, Oh, miracle ! un câble outre atlantique permettrait enfin de mettre cette information en réseau
, un réseau mondial, de surcroît, à l'époque où la mondialisation s'apprêtait à compter le nombre de ses victimes.
1998 fut une terrible année, la société française se laissant intoxiquer par l'effet de mode, sans faire l'analyse de fond; l'éclatement de la bulle boursière internet cachait peut-être le véritable bogue
de l'an 2000!
De l'histoire, découlent toutes les expertises tant économiques que sociales que certains tentent de comprendre, le recul aidant, pour maîtriser le système et la mondialisation qui lui sert de compagne, en considérant enfin ses revers implicites.
Mais avant internet, la bagarre commerçante de cette nébuleuse fratrie s'opérait sur des marchés niches, chacun choisissant son système. L'inconvénient était d'y rester prisonnier. C'est la raison pour laquelle Alexandre disait toujours : Rendons aux utilisateurs l'information qui est LEUR propriété !
Il ne s'agissait encore pas de s'enrichir sur le dos de l'information propre aux communautés, mais d'apporter un véritable service, la bonne idée justifiant son commerce. L'information vitale était bloquée dans le système, il fallait l'en faire sortir.
Alma Informatique fut créé en 1984, par association entre Alexandre et Marc, autour d'un projet de service offrant un système d'information ouvert pour la gestion des PME/PMI.
Il devenait enfin possible d'imaginer une informatique modulaire, capable de répondre à des besoins spécifiques, tout en offrant l'avantage d'extraire les informations simplement, quel que soit le critère de sélection, laissant ainsi à chacun sa liberté de choix. L'idée a fait des petits, notamment chez My S.q.l.®. Le noyau tournait sous système Pick® et Marc et Alexandre en firent l'acquisition.
L'intérêt peut sembler soit évident, soit trop complexe, aussi pourrions-nous le dire autrement. Le concept réunit trois idées, lesquelles ne sont pas forcément les mamelles de l'informatique, à savoir :
- réponse aux besoins
- simplement
- liberté de choix
Alexandre, s'étant heurté à ce constat depuis longtemps, tentait d'en faire quelque chose.
Cependant, trop mal habitué à traiter des affaires à gros budgets auprès des Grands Comptes, il se lassa d'une démarche axée sur la gestion des anomalies, plus que sur la signature de nouveaux contrats : informatiser une PME n'était pas une mince affaire.
Lorsque la télécommunication, dans son approche grand public, pointa le bout de son nez, il saisit l'occasion de mettre à profit ses talents de visionnaire.
C'en 1987 qu'il fonda la société ALMACOM, pour satisfaire les besoins d'échanges électroniques entre les professionnels de la Santé et les organismes de la Protection Sociale, échanges qui marquèrent la généralisation du Tiers-Payant.
ALMACOM fut, à ce titre, une des premières sociétés de service informatique spécialisée dans le domaine de la Télecommunication et des échanges automatisés.
L'aventure continua avec le déploiement de l'E.D.I. : Echanges de données Informatisés, plus connus sous le terme B to B.
Pour anecdote, certains se souviendront du Grand Colloque National de l'E.D.I.
, manifestation qui rassembla plus de deux cent personnes autour d'un objectif commun : la généralisation des échanges. C'était en mai 1991 au pays ensoleillé des cigales et nous n'avions que pour seuls moyens : sa conviction, sa détermination et son talent de fédérateur ...
Alexandre était un homme d'entreprise, dans le plus noble sens du terme.
Il nous quittera par un triste dimanche de juin 1998, à l'aube de l'avènement internet en France.
Mais pas une seule page sur le web ne lui sera consacrée, aucune trace de lui ne surgit des moteurs de recherche. (*)
Même ALMACOM a été rebaptisée à l'occasion de multiples transferts assez compliqués, bien que le domaine virtuel existe toujours (!) , au cas où on s'en souviendrait ...
Cette entreprise, dont le marché était certes national, était basée dans le sud-est de la France et son activité s'inscrivait donc pleinement dans la vie économique de sa région.
Force est de constater qu'une dé localisation radicale a été nécessaire et qu'il fut impossible de lui conserver son siège et son histoire. ALMACOM était pourtant saine, florissante et solidement ancrée dans le décor de l'époque et de sa ville natale.
Ce constat est en tout point navrant, à l'image des évènements qui marquèrent ton départ. Aussi, à défaut de n'avoir pu lutter contre la tempête qui a effacé ta marque, ce billet est en ton hommage, mon père ...
Ta fille, Vermonique

(*)Erratum
Mode humour (pour les intimes et ceux qui ont apprécié son humour parfois ravageur ...)
- J'ai trouvé une page te concernant, Dad; nous le devons à un document d'Admiroute sur le protocole TEDECO, tu apparais juste après les caractéristiques techniques du célèbre frontal, tu sais ... à la rubrique "Personne à contacter !"
- Mais comment s'est-il perdu sur le net ce document, il doit exister depuis des lustres ?
- C'est peut-être Google qui fait des progrès !
- Mais dis-moi, il y a des noms beaucoup plus faciles à trouver ?
Un ange passe ...
- Disons qu'à force de répéter à tout bout de champs : Bonjour, Alexandre Cuomo ... du moins ce qu'il en reste !
, Google a fini par te prendre au mot, Dad !
- Mais qui est ce Monsieur Google ?
- Repose-toi, petit père, Google, on va s'en occuper ...




Commentaires
1. Le jeudi 5 octobre 2006 à 10:02, par Serge
2. Le jeudi 5 octobre 2006 à 21:29, par marilyn
3. Le jeudi 5 octobre 2006 à 22:45, par manon
4. Le vendredi 6 octobre 2006 à 08:58, par ALAIN
5. Le samedi 9 février 2008 à 18:48, par Manon
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